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Le désengorgement des urgences passe par des services d’aide à domicile plus substantielsLes problèmes d'engorgement des urgences ont fait couler beaucoup d'encre au cours des derniers mois. Lors des négociations entre le gouvernement libéral et le Parti québécois pour l'adoption du dernier budget, l'un des trois enjeux était l'augmentation des sommes affectées aux services à domicile. Pourquoi cet enjeu est-il majeur et quel peut être l'impact de l'augmentation des services de soutien à domicile sur le désengorgement des urgences ? Médicalement et socialement requisIl faut savoir, au départ, que la Loi canadienne sur la santé garantit la gratuité et l'accessibilité de ce qu'on appelle les «services médicalement requis». Mais elle ne garantit pas la gratuité et l'accessibilité de ce qu'on nomme par ailleurs les «services socialement requis». Les services d'aide à domicile en sont un exemple. Une personne âgée qui a besoin d'aide pour prendre un bain pour demeurer dans son domicile peut ne pas avoir les moyens financiers de combler ce besoin. Elle compte alors sur les services des auxiliaires familiales et sociales des CLSC. Comme les CLSC n'ont pas suffisamment de ressources dans ce domaine, il arrive que la situation de la personne âgée se détériore et qu'elle se retrouve... à l'urgence de l'hôpital. Finalement, la distinction juridique entre ce qui est «médicalement requis» et ce qui est «socialement requis» n'est pas très fonctionnelle, en ce sens que, si l'État se limite à fournir les services «médicalement requis», les coûts des services médicaux et hospitaliers vont exploser davantage que si l'État offre un ensemble décent et diversifié de services médicaux et sociaux, les deux besoins étant intimement liés et les services sociaux étant généralement moins coûteux à fournir que les services médicaux. En théorie, la loi canadienne stipule que les services «socialement requis» doivent être gratuits pour les personnes démunies. Mais, dans les faits, il y a si peu de services à domicile disponibles que même les personnes appauvries n'en reçoivent pas suffisamment. De plus, il est très difficile de déterminer qui est vraiment démuni et qui aurait les moyens de se payer des services. La classe moyenne, qui n'aurait pas le droit, selon la logique de la loi canadienne, de recevoir des services à domicile gratuits, devrait-elle alors être la seule à engorger inutilement les urgences? On voit à quel raisonnement bancal cela nous amène. Dans les services à domicile, on distingue généralement deux sous-ensembles: d'une part, les soins de santé (médecins, infirmières, inhalothérapeutes, physiothérapeutes, ergothérapeutes, etc.), d'autre part, les services d'aide à domicile. Ces derniers, d'une utilité majeure, comprennent principalement deux sous-groupes, si on les classe selon le dispensateur du service. Les auxiliaires familiales et sociales des CLSCIl y a d'abord les auxiliaires familiales et sociales des CLSC, qui donnent de l'aide pour le bain, les déplacements sécuritaires, la surveillance de la prise de médication, la préparation de repas diététiques, la détection de la détérioration de l'état de santé, bref une foule de services tangibles pour faciliter le maintien à domicile. Quand on demande à des personnes en perte d'autonomie à la maison d'indiquer quel service les aide de la façon la plus concrète, elles mentionnent très souvent le travail des auxiliaires familiales. Et c'est le service public qui coûte le moins cher... Depuis 1998, il est clair que le nombre des auxiliaires familiales et sociales n'a pas connu la courbe de croissance qu'elle aurait dû connaître. Les entreprises d'économie sociale en aide domestiqueDeuxième sous-groupe de dispensateurs de services d'aide à domicile: les préposées des entreprises d'économie sociale en aide domestique (EESAD). Il existe 101 EESAD au Québec. La plupart ont été créées en 1996, à la suite du Sommet socio-économique. Les travailleuses des EESAD font essentiellement de l'entretien ménager. En 1997, un salaire de 8,30 $ l'heure à l'embauche leur était offert. Dix ans plus tard, c'est toujours le même salaire de base. Même en travaillant à temps plein, la plupart de ces employées sont sous le seuil de faible revenu. L'économie sociale en aide domestique a permis à ces femmes de sortir de la misère, mais pas de la pauvreté. Les EESAD sont devenues, avec les années, exactement ce que nous ne voulions pas qu'elles soient lors de leur création: un ghetto d'emplois féminins sous-payés. Conséquences: les EESAD connaissent un important taux de roulement de leur personnel; leur situation financière est précaire; en 2005-06, le quart d'entre elles ont frôlé la faillite. Leur principale source de financement, le Programme d'exonération, géré par la RAMQ, n'avait pas été indexé depuis sa création; il le fut en 2006, mais de façon si incomplète et si complexe que la précarité demeure la norme. Malgré la détermination, le dévouement et la débrouillardise des directions, malgré les sacrifices consentis au plan salarial par les employées, ce secteur est en crise. Pour compliquer le tout, il y a la question de la mission des EESAD. En 1996, le consensus entre les partenaires était à l'effet que la création de ces entreprises ne devait pas se traduire par la suppression d'emplois correctement rémunérés du secteur public. Elles devaient se limiter à effectuer l'entretien ménager, tandis que les services à la personne continueraient d'être la responsabilité des auxiliaires familiales et sociales des CLSC. Or un certain nombre d'EESAD, environ 20 % d'entre elles, ont décidé de donner des services à la personne et font payer les usagers. On assiste là à une érosion insidieuse du caractère gratuit des services à domicile publics. Comment les EESAD, qui peinent à recruter et à garder des préposées à l'entretien ménager, arriveront-elles à embaucher, avec de maigres salaires, des préposées pour des services plus spécialisés, qui nécessitent une formation accrue? Bref, pour désengorger les urgences, un vigoureux coup de barre doit être donné, entre autres, concernant le financement des services d'aide à domicile sur deux fronts: embauche de nouvelles auxiliaires familiales et sociales dans les CLSC et bonification importante du Programme d'exonération pour les EESAD. Ce serait relativement peu coûteux, comparativement aux autres moyens présentement utilisés qui donnent de maigres résultats.
Jacques Fournier, Organisateur communautaire dans le réseau de la santé et des services sociaux Source : www.ledevoir.com |
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