Maintien à domicile : « Gare à l angélisme ! »

Souffrance des aidants familiaux, manque de valorisation des professionnels... Le voeu prioritaire des personnes âgées soulève de nombreux problèmes.

Présentant son plan Grand âge en juin, le secrétaire d’État aux Personnes âgées affirmait vouloir donner priorité au maintien à domicile. Un voeu très largement partagé parmi les intéressés. Mais « gare à l’angélisme », ont averti les participants au colloque. Médecin généraliste, et à ce titre placée en première ligne quand un patient bascule dans la dépendance, Marie-Laure Alby dit la somme des difficultés à surmonter pour répondre aux besoins d’aide : l’inadaptation des logements, le manque de solvabilité des familles pour financer les services (« le maintien à domicile, ça coûte 5 000 euros par mois, payés par les personnes »), l’absence de coordination...

Le défaut de professionnalisation, aussi, des auxiliaires de vie - « il faudrait mieux les payer, les former en permanence, leur offrir une évolution de carrière ». Responsable d’un service de soins infirmiers à domicile à Paris, Philippe Edin opine : pas facile d’entretenir la motivation du personnel quand, non content de subir la mauvaise image de cette activité, il doit se contenter d’un misérable 0,25 % en guise de revalorisation de ses (bas) salaires (chiffre de 2005 pour la branche aide à domicile).

Autre douloureux revers de la médaille, la charge imposée aux aidants familiaux. « À force d’aider, des aidants meurent avant le malade », lance la responsable d’une association de familles à Villejuif. Le professeur Dubois évoque le suicide de couples de personnes âgées dépendantes dont l’aidant principal était « dépassé », parle à ce sujet d’un phénomène de société. Directrice de l’Association française des aidants, Caroline Laporthe réclame le droit « d’avoir un répit, de se faire remplacer », pointe la limite de mesures gouvernementales comme le « congé de soutien familial »... non rémunéré.

Attention à « ne pas aller trop loin » dans le maintien au domicile, demande Gérard Berheim, vice-président du conseil général de Seine-et-Marne, soulignant la difficulté de « resocialiser la personne » quand elle rentre très tard en maison de retraite, rappelant le manque de médecins et d’infirmières qui oblige les auxiliaires de vie à des actes pour lesquels ils ne sont pas formés, s’inquiétant de la transformation de l’aide à domicile en un marché, avec des intérêts privés. Pointant enfin la faiblesse des crédits médico-sociaux pour les personnes âgées, il confie « l’impression qu’on est en train d’organiser la pénurie du futur ».

Source : www.humanite.presse.fr